Le mal sur terre

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À New York, l’incroyable succès des voyantes

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Big Apple abrite depuis toujours une abondante population de voyantes et autres médiums.Certains sont de vraies célébrités. Artistes, traders, femmes au foyer, diplomates, et même lycéens défilent à la table de ces devins modernes, qui savent tout des rêves et des névroses des New-Yorkais.

Des New-Yorkais égarés, elle en a vu défiler dans son minuscule appartement d’East Village, où elle tire les cartes et lit les astres depuis vingt-cinq ans. Avec sa crête rose fluo, son fard vert et bleu étalé comme un éventail, celle qui se fait appeler Angel Eyedealism, chanteuse, artiste, un peu écrivaine, en connaît un rayon sur les superstitions locales. « J’ai des avocats, des acteurs, des activistes, des prostituées, des anciens combattants, des types de Wall Street, dénombre cette petite célébrité dans le monde de la voyance à Manhattan. Mais je ne fais pas trop la Bourse, il y en a d’autres qui sont plus spécialisés. Je fais plutôt les déménagements. »

Elle reçoit ses clients dans son studio tout rose, aménagé en boudoir ésotérique et parfumé à l’encens, moyennant 350 dollars pour deux heures. « Je ne peux lire que dans des endroits confortables, explique-t-elle, un oeil sur son téléphone qui ne cesse de vibrer. Ou dans une cuisine. Il m’arrive de leur faire à manger. » Ce jour-là, elle a enfilé son kimono noir brodé, ses mules à pompons violettes et s’est assise à sa petite table, recouverte d’une nappe en plastique à l’imprimé licornes. Au mur, un de ses tableaux représente un vagin. « Je mets un foulard Dior dessus quand je reçois un homme », pouffe-t-elle.

Une nouvelle pratique bien-être

Ville profane par excellence, New York adore les voyantes presque autant que les psys. Difficile de marcher dans Manhattan sans être saisi par le nombre d’enseignes lumineuses signalant la présence d’une diseuse de bonne aventure dans l’entresol d’une maison en briques. Nombre de New-Yorkais n’envisageraient pas d’acheter un appartement ou de changer de job sans tenir compte des mécaniques célestes. Pas un enterrement de vie de jeune fille ou une bar-mitsvah sans sa voyante – ou son voyant : la profession est ici étonnamment mixte.

Dans l’infinie palette des services pour actifs pressés, ceux qui se font appeler « experts de l’intuition », « guides », ou « clairvoyants », côtoient les coachs sportifs, les chefs à domicile, les nounous pour chiens et les habilleurs particuliers, avec des tarifs pouvant dépasser 1 000 dollars de l’heure. Ceux-là n’ont pas de néons clignotants sur la rue – « des arnaques », préviennent-ils à l’unisson – mais reçoivent sur rendez-vous dans des appartements anonymes dont l’adresse est tenue secrète. Certains figurent dans les classements très sérieux établis régulièrement par les magazines les plus prestigieux.

Mieux : la divination est en train de s’imposer, avec le yoga, les drogues psychédéliques ou la méditation, comme une pratique « bien-être ». La grande prêtresse du « Wellness » Gwyneth Paltrow proposait d’ailleurs tout récemment à l’occasion de son « Good Health summit » (1 000 dollars l’entrée, avec liste d’attente) de véritables séances de voyance menées par des expertes, dont certaines consultent dans des palaces comme le Four Seasons.

Terreau du New Age

« La voyance a toujours été présente à New York, indique Mitch Horowitz, écrivain spécialiste des sciences occultes. Les gens pensent que la Californie est le terreau du New Age et de la spiritualité, mais historiquement, c’est l’Etat de New York, où arrivaient les immigrés, qui a vu naître une grande partie des nouvelles croyances religieuses au début du xixe siècle. Ce fut le cas du mormonisme ou de l’Eglise adventiste du septième jour, mais aussi des pratiques occultes comme le spiritualisme ou le dialogue avec les morts. Ces mouvements alternatifs ont naturellement prospéré dans la ville, qui a toujours été très tolérante. »

Les premiers milliardaires ont aussi contribué à les populariser, comme le magnat Cornelius Vanderbilt, qui suivait les recommandations de la voyante Victoria Woodhall, y compris pour investir. Ou Horace Greeley, influent patron de presse à l’origine du New York Tribune, qui consultait les soeurs Fox, dont raffolaient les écrivains et politiques de l’époque. « Il est resté quelque chose de très vivace de cette période où New York était à l’avant-garde des croyances religieuses et spirituelles, poursuit Mitch Horowitz. C’est aussi une ville d’artistes, un milieu propice. »

Braver l’incertitude

Les intéressés l’admettent volontiers : une bonne partie de leur clientèle vient de Broadway. Surtout des femmes, même si les hommes ont moins peur de consulter qu’il y a quelques années. « Dans mon milieu, c’est très courant d’aller voir une voyante, les gens ne s’en cachent pas », admet Elisabeth, actrice de 49 ans qui consulte régulièrement Fahrusha, ancienne danseuse orientale installée dans une petite maison d’East Village, devenue l’une des stars de la profession.

Fahrusha, ancienne danseuse orientale, dit travailler aussi avec de grands groupes internationaux ©Steve Fiehl pour Les Echos Week-end

« J’ai commencé quand je suis arrivée à New York il y a vingt ans, je ne connaissais personne, raconte Elisabeth. Je voulais savoir comment se présentait mon avenir. Fahrusha m’a dit que j’allais gagner beaucoup d’argent. Je ne l’ai pas crue, mais c’est arrivé deux ans après. » Elle reconnaît avoir parfois des doutes, et a pris d’autres avis, mais continue à voir Fahrusha pour braver « l’incertitude » qui prévaut dans son métier. D’ailleurs, pour égayer les soirées de ce secteur, « la présence d’une voyante est devenue un incontournable, un peu comme le photo booth ».

Anticiper les aléas de la Bourse

Des artistes, des danseuses, Derek Calibre, qui vendait des crèmes glacées à Hawaï avant de changer de vie il y a quinze ans, en reçoit beaucoup dans son appartement de l’Upper West Side. Mais le marché est bien plus vaste. « J’ai aussi des diplomates de l’ONU, déclare-t-il. Ils font face à une bureaucratie très lourde, qui crée de l’incertitude, et doivent attendre longtemps pour connaître leurs mutations. Mais c’est très variable. Un jour donné, je vais avoir un investisseur étranger, un médecin, un travailleur social, un type de Wall Street et une mère au foyer. J’ai aussi une proportion élevée d’entrepreneurs, de gens qui doivent prendre des risques. »

Comme toujours à New York, les aléas de la Bourse génèrent leur propre flux d’activité. « Quand les marchés s’effondrent, c’est mécanique, j’ai plus de clients », admet Fahrusha, qui a reçu quantité de courtiers et investisseurs après la faillite de Lehman en 2008. Les épargnants « voulaient savoir si leurs économies allaient se reconstituer, confirme Mark Seltman, un ancien designer industriel, spécialiste des lignes de la main. Ils se demandaient s’il fallait qu’ils se réorientent, ou qu’ils reprennent les études ».

Mark Seltman, ancien designer devenu spécialiste des lignes de la main ©Steve Fiehl pour Les Echos Week-end

Quand l’économie repart, les entreprises veulent de l’ésotérisme pour pimenter leurs cocktails. Les grandes banques, les marques de mode ou les grands groupes de médias raffolent des cartomanciennes comme Fahrusha, qui dit avoir travaillé pour Deutsche Bank, Hugo Boss, DKNY, L’Oréal, ou Conde Nast. Succès garanti : « Les gens me poursuivent quand je vais aux toilettes, ils veulent littéralement entrer avec moi dans les cabinets », sourit-elle. L’exercice requiert une certaine inventivité. « Ce n’est pas évident de lire les mains de 40 banquiers à la suite, pointe Mark Seltman, qui tire une partie de ses revenus d’entreprises de Wall Street. Ils se ressemblent tous, on dirait qu’ils sont clonés. »

C’est l’un des rares à proposer des prédictions « sur les ventes et la productivité, la résolution de conflits, le recrutement, l’évaluation et la formation de collaborateurs », selon son site Internet. Récemment, un cabinet de conseil qui venait de racheter un concurrent l’a sollicité. « Ils voulaient évaluer les dirigeants de l’autre entreprise pour savoir s’il fallait les garder. Ils m’ont mis dans la pièce pour les observer sans dire qui j’étais. J’ai donné mon avis », précise-t-il. Il n’a pas su si son avis avait été suivi.

Un fort besoin de réconfort

À New York, beaucoup plus qu’ailleurs, l’argent est une préoccupation constante. « Les New-Yorkais n’ont pas le choix, si vous ne gagnez pas au moins 100 000 dollars par an, on vous met dehors, confirme Jesse Bravo, qui se présente comme courtier et voyant à mi-temps. Une fois j’ai eu un type qui s’apprêtait à avoir un enfant et se demandait si c’était une erreur, il avait peur que ça lui fasse gagner moins d’argent. »

Ceux qui en ont comptent aussi leurs sous. « Je me souviens de ce fils d’un riche businessman célèbre ici, très beau avec son manteau en cachemire, qui n’avait jamais assez de liquide sur lui pour me payer, raconte Fahrusha. Ses parents étaient millionnaires. Il n’arrivait pas à trouver une femme, je lui ai dit que c’est parce qu’il était radin. »

Argent, amour, carrière… les préoccupations sont souvent les mêmes mais reflètent les questions sociétales du moment. « J’ai reçu récemment quelqu’un qui hésitait à changer de sexe et voulait mon avis », ajoute Fahrusha, qui s’est bien gardée de se prononcer. Autre angoisse de l’époque : la victoire de Trump, qui a provoqué un afflux de clients au bord de la dépression – « certains pleuraient dans mes bras », témoigne le voyant Frank Andrews – puis une vague d’étrangers en attente de papiers, subitement paniqués.

Frank Andrews, le voyant des stars à NoLita, quartier huppé de New York ©Steve Fiehl pour Les Echos Week-end

La brutalité de la ville alimente un besoin de réconfort. « Il faut du cran pour tenir à New York, résume Angel Eyedealism. Ici, tu avances ou tu crèves. Des millions de personnes veulent venir et personne ne te donne rien. C’est une terre de fantasme, comme Hollywood. Peu d’endroits concentrent autant l’idée du rêve américain, mais parfois les gens ont besoin d’espoir. »

Plus que les autres, les New-Yorkais croient « à cette idée que tu fais ce que tu veux de ta vie si tu le décides, constate Besty Le Fae, une « experte de l’intuition», à 999 dollars la consultation. Il y a aussi une forme de désenchantement, le sentiment que ça n’est plus aussi vrai qu’avant. Certains se tournent vers les médicaments, d’autres vers la métaphysique ».

Un marché à 2 milliards de dollars

Dans cette ville où les immeubles n’ont pas de 13e étage, le déclin du religieux forme un terrain idéal. « Les agnostiques et les non-croyants représentent la majorité de la demande, car ces services sont incompatibles avec la religion », souligne le cabinet IbisWorld, qui évalue le marché à 2 milliards de dollars par an. « New York est la ville de l’égoïsme et du péché, elle aspire à la rédemption », avance, lyrique, Angel Eyedealism.

L’Amérique chrétienne a toutefois une vision assez tranchée sur le sujet : « Deux fois, j’ai été agressée par des fous religieux, se rappelle Fahrusha, encore tremblante. Une femme est entrée dans une soirée où je « lisais », pas très loin de New York. Elle s’est mise à hurler que j’étais le diable, et que j’adorais Satan, et que j’irai en enfer… Heureusement, elle n’avait pas d’arme. »

Angel Eyedealism, astrologue et tireuse de cartes ©Steve Fiehl pour Les Echos Week-end

Les New-Yorkais sont aussi « beaucoup plus narcissiques que les autres », poursuit Angel Eyedealism, dont tous les clients « ont un psy ». « Angel sait des choses que mon psy ne sait pas, justifie sa cliente Ioana, entrepreneuse de 26 ans qui alterne les consultations. Elle n’a qu’à regarder et elle sait, pas besoin de lui parler. » Ioana est si convaincue qu’elle a recommandé Angel à « au moins dix personnes », et l’invitera à son mariage – s’il a lieu. « À New York tout le monde parle à la première personne. C’est toujours ‘Moi, moi, moi’ ! Les gens ont besoin d’être écoutés », explique Angel, qui ne les juge pas.

Elle-même a recours aux services d’« un astrologue depuis vingt-cinq ans, et d’un psy, qui est aussi astrologue. Je l’interroge sur tout, sauf les affaires de coeur. Pour ça je demande au psy. C’est New York, avoir un psy, c’est la norme. On a tous besoin de mieux se connaître ». Parfois, ce sont les psys eux-mêmes qui viennent consulter. « Ils sont curieux des méthodes que nous utilisons pour aider les gens à parler », indique Mark Seltman, qui a travaillé avec des psychiatres. Puis ils reviennent, l’air de rien. « Il y a toujours quelque chose à apprendre. Personne n’a toutes les réponses. »

Cinq psys, plus un astrologue

Ces devins modernes le savent bien, l’avenir est pour eux plein de promesses. Car les Millennials raffolent de ces pratiques. Christie, lycéenne dans un établissement réputé de l’Upper East Side, a déjà consulté plusieurs voyantes ces dernières années. Mais elle veut l’avis d’Angel Eyedealism pour l’aider à choisir son cursus dans l’université où elle compte étudier l’an prochain. Son père, architecte d’intérieur, et son frère l’ont déjà consultée. « Elle a fait de bonnes prédictions dans les deux cas, c’était une période où tout allait mal, et elle nous a fourni des explications liées aux planètes, raconte-t-elle. J’aimerais savoir ce que dit la charte astrologique à mon sujet, et si je vais aimer ma vie dans cette université. »

Christie n’est pas la seule de son lycée à avoir ce réflexe. « Beaucoup de mes amis disent avoir des maladies mentales, une forme de dépression, de mal-être » qui les pousse à consulter psys et voyants, et à prendre des médicaments contre les troubles de la concentration. Comme cette amie, qui consulte cinq psys – « Un pour la famille, un pour les médicaments, un psychiatre, un psy généraliste et un pour les addictions. Elle consulte aussi un astrologue, précise-t-elle. En fait, ici, tout le monde voudrait fonctionner autrement. »


 
Frank Andrews « Grace Kelly, la personne la plus malheureuse que j’aie jamais connue »

Frank Andrews, voyant des stars à NoLita (North of Little Italy) nous a offert un témoignage saisissant.

« Quand je suis arrivé à Little Italy en 1967, il y avait des clodos partout, personne ne voulait vivre ici. La mafia aimait bien ce quartier, il n’y avait pas de policiers. Les gangsters venaient me voir, ils voulaient savoir combien de temps il leur restait à vivre, s’ils allaient se prendre une balle dans la tête, ou mourir noyés. Les femmes disaient toujours que leurs maris étaient « à l’université », en réalité ça voulait dire en prison. Ils n’allaient pas voir de psy, ils n’y croyaient pas ! Les scénaristes des « Sopranos » n’ont pas choisi la bonne personne !

Ca s’est arrêté du jour au lendemain, ils ont détalé quand John Gotti a été arrêté dans les années 80. Aujourd’hui, il ne reste pas grand-chose de cette époque, à part quelques restaurants italiens. C’est devenu un quartier branché, Martin Scorsese vivait en face de chez moi, David Bowie deux numéros plus bas. J’ai acheté la maison en 1967 pour 19 000 dollars, mais tous les jours, j’ai des messages dans ma boîte aux lettres d’acheteurs qui m’en proposent 10 millions de dollars. Mais pourquoi partir ?

Ca fait cinquante-sept ans que je lis les cartes. Quand j’ai commencé, j’avais surtout des femmes, après j’ai eu des jeunes gays, puis des gens du business. Les gens ne trouvent pas toujours les réponses à leurs questions dans la religion ou auprès des psys. La question numéro 1, depuis toujours, c’est l’amour. J’ai des mannequins Victoria’s Secret qui viennent me voir et se mettent à pleurer devant moi. Des milliardaires aussi. Une fois un milliardaire m’a demandé de passer la journée avec lui. J’y suis allé, j’étais là quand il s’est réveillé, il avait des avocats au petit-déjeuner, au déjeuner et au dîner… Le soir, on est allés à l’opéra, il a bu du champagne dans son box et s’est endormi. Il était marié mais il s’ennuyait. Il m’a dit « J’ai des maisons partout, je peux me payer des vins à 2 000 dollars, j’ai des voitures de collection… vous êtes ma dernière aventure. » Mais il ne faut pas être trop proche des gens riches, on devient vite une distraction pour eux.

J’ai connu pas mal de célébrités, mais je ne peux parler que de ceux qui sont morts. Comme Grace Kelly, qui disait qu’elle avait une prémonition depuis qu’elle était enfant. Elle m’a demandé : « Est-ce que je vais mourir en voiture ? » Je lui ai dit qu’elle buvait trop. C’est la personne la plus malheureuse que j’aie jamais connue. Elle adorait les voyantes. John Lennon et Yoko Ono sont aussi venus me voir, tout ça a été raconté dans la biographie d’Albert Goldman. Quand Yoko Ono est venue, je lui ai dit « Je vois votre mari qui dort dans une mare de sang » – c’est comme ça qu’il est mort, il s’est vidé de son sang dans la voiture de police. Elle a voulu que je le rencontre. Mais ça n’a pas collé avec lui, il était trop sarcastique.

Andy Warhol m’aimait bien mais il ne voulait pas que je lui tire les cartes, il avait trop peur. Par contre, il voulait toujours savoir qui couchait avec qui, il adorait les commérages et il savait que les gens venaient ici. J’avais une série de photos de John et Yoko, de grandes lithos d’eux dans des poses assez suggestives, qui s’appelait « Bag One ». Andy les voulait. Il m’a proposé de faire un portrait de moi avec ma boule de cristal en échange. Pour fêter ça, on est allé dîner au restaurant L’Odéon. J’avais toujours un jeu de tarot là-bas. J’ai tiré une carte, et j’ai écrit « Pour Andy, amitiés, Frank », au dos de la carte. Je lui ai glissée, il l’a regardée, puis il m’a regardé. C’était la carte de la mort. Un ami commun m’a demandé pourquoi je la lui avais donnée. J’ai dit « C’est celle que j’ai tirée ! » Il est mort peu après. Il ne pouvait pas échapper à son destin.»

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